Les soirs de pleine lune

Les soirs de pleine lune

Les soirs de pleine lune, nul ne doit savoir ce qu’il se passe.

Les couples s’enlacent ; l’ouvrier creuse le tunnel qui ne va nulle part, l’araignée s’infiltre par le trou de la serrure et se glisse dans les draps du bébé, l’espion exfiltré dans un odieux marchandage, vie contre vie, vie contre dollar, vie contre engin de mort, vire sa cuti.

L’écrivain devant sa page blanche pris d’une fureur soudaine, noircit page après page, pour remplir le vide. Vide de sa vie vide de son œuvre, ou simple vide de sommeil ?

Le boulanger pour qui la nuit, comme chaque nuit n’a pas de lune, pétrit comme toutes les nuits, inlassablement ; Et c’est sa femme, la boulangère, qui devant la mine tirée de ses clients du matin, lui dira quand ils se croiseront tout à l’heure « tiens, c’était la pleine lune la nuit dernière, Monsieur Pompon était ronchon. »

Le matou suicidaire, bien vieux aujourd’hui et presque aveugle, profite d’un moment de grâce lumineux, pour aller, oreilles dressées, se jeter du haut du pont. « Adieu souris grises, je vous ai tant aimées, je vous ai perdues dans mes dernières années, je ne peux plus vous croquer, je préfère vous abandonner… »

La belle éplorée, toutes paupières allumées, passe et repasse le fil de sa journée. Que n’a-t-elle pas dit ? Qu’a-t-elle dit ? que dirait-elle si elle pouvait un moment revivre l’instant ? Elle l’aime tant ? Que les nuits de pleine lune paraissent durer toujours à celles qui ne savent pas exprimer leur amour.

Les squelettes dans leur cercueil, bien alignés, profitent du spectacle des ailes fluorescentes des papillons de nuit qui dansent la gigue sur la musique des clochettes des gentianes qui flottent dans la brise légère.

L’adolescente survoltée trépigne en attendant le nuage qui, complice, viendra voiler cette clarté pour lui permettre d’enjamber la fenêtre et de s’envoler danser.

La grand-mère inquiète attend des nouvelles de sa fille qui pour la troisième fois est en train d’accoucher. Quand elle l’a appelée, elle partait à l’hôpital, à 80km, après avoir perdu les eaux. Encore un enfant apatride né dans une voiture entre Saint-Génie et Satan.

Et le fier chevalier ? Lui il dort. D’un sommeil profond que nul calendrier ne vient troubler. Mais il fait ce rêve qui revient souvent. Avec quelle fréquence, il ne saurait le dire. Toutes les 3 ? 4 semaines ? Il rêve d’un château, et dans la forteresse une princesse qui appelle avec des mots qu’il ne comprend pas. Il aimerait tellement parler avec elle, mais jamais il ne la trouve et jamais il ne l’emmène sur son beau cheval blanc.

Les soirs de pleine lune, tout le monde devrait savoir ce qu’il se passe et la terre tournerait plus rond.

 

Un commentaire sur “Les soirs de pleine lune

  1. Voilà. C’est dans le silence que tout explose. Nous avons eu mille vies et mille frissons nous parcourent pour n’être rien parce que nous sommes tout. Le plein vient entraîner le vide, il ne se passe rien parce que tout est là. Le frisson devient une caresse. L’émotion nous emporte. Il n y a aucun jugement de valeur nécessaire. Et c’est la liberté fragile qui tente de se frayer une voie.
    Les événements nous rassemblent et au même instant nous étions plusieurs.

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