Universelle polémique

a kiss can be even deadlier

Avez-vous déjà vécu l’amour impossible ?
Quelqu’un qui n’a pas connu d’autre souffrance
pourrait vous dire qu’il n’y a pas pire torture.

Étrange sensation que de se sentir habitée d’une présence qui tantôt vous donne des ailes et tantôt vous cloue au sol. Arrivée par surprise, elle s’est installée sans prendre la peine de demander la permission. Elle s’est trouvée bien tout de suite. Elle s’est posée et s’est déployée ; en quelques jours elle était là lumineuse et bien vivante. Maîtresse absolue du domaine.
Alors nous avons commencé à faire connaissance. Fille d’une passion enflammée elle est aussi gangrène d’un amour impossible. Lovée dans la chaleur de mon intérieur, elle diffuse la douceur d’un regard bienveillant, la frustration de l’interdit, le doute qui ronge, l’excitation de l’inconnu, le regret de ce qui ne sera pas, l’exigence de la vertu, le vertige de ce qui pourrait à jamais être perdu, la tristesse entraperçue d’un demain sans elle. Elle déborde d’un futur rayonnant mais sans avenir, vibrante échappatoire d’une vie qui rêve de rebondir.

Mais surtout, insidieusement, elle consume l’énergie de construire. Alors, je n’ai plus d’autre choix que d’agir en commençant par choisir. Qu’en faire ?

L’adopter, la cajoler et accepter de brûler doucement mais inéluctablement ? La tentation est grande de lui laisser prendre un espace qui ne demande qu’à se laisser envahir. Jouer avec elle, la laisser faire de moi sa chose ; aujourd’hui elle est là, demain non, sans que je sache pourquoi. Un grand pas ce matin, puis plus rien pendant des jours ; qu’ai-je dit, suis-je allée trop loin, ou en a-t-elle déjà assez de moi ? Est-elle allée s’installer plus loin ? Quelques minutes de plaisir pour de longues heures de doute. Puis me voilà rassurée, elle revient, badine sur un pas de deux, innocente et mutine… Et le temps passe, et le temps file. Et me voilà toute rabougrie, desséchée, brûlée. Quel gâchis pour quelques courts moments de fantaisie.

Alors non, peut-être devrais-je me dresser en guerrière et repousser la séduisante étrangère, toutes griffes sorties ? Hors de mon territoire ! Suffit ! Certes de la coupure nait la blessure, celle qui fait hurler, qui fait regretter d’avoir eu le courage aveugle de l’extraction à vif. Puis la blessure guérit ; à sa place une cicatrice qui lentement s’estompe, me laissant apaisée, avec une pointe de regret. Et le temps passe, et le temps file. Et si, jolie présence, je t’avais laissé grandir, te ramifier, que serais-je aujourd’hui ?

Et le doute m‘envahit. Regret ou remord ? Au jour de partir, et si au regret je préférais le remord ? Remord d’avoir préféré la douce caresse du plaisir à l’aride sacrifice de la vertu ? Remord d’avoir provoqué l’impossible en duel et de l’avoir vaincu ? Remord d’avoir gouté sans calcul cette présence un peu timide, de l’avoir nourrie de ma vitalité au point qu’elle se surprenne elle-même à se déployer pour échapper à ses propres limites. Mais toi qui me lit, crois-tu que le remord sera forcément mon compagnon en ce jour lointain où je partirai ? Et le temps passe, et le temps file. Et pas même toi sait de quoi demain sera fait.

Pile ou Face ? Un Petit Prince un jour m’a parlé de son ami. Il l’a apprivoisé. Alors, chère Présence, parce que oui, tu m’es chère malgré toute la souffrance que tu m’infliges, si nous nous apprivoisions ? Chaque jour un mot, simplement, tout doucement, être présent. Discrètement se découvrir, s’habituer, se confier, se soutenir. Et le temps passe, et le temps file. Et nous voilà complices intimes d’une promenade au long cours. La lassitude et l’ennui nous auront-ils gagnés ? La déception sera-t-elle le fruit de la découverte ?

Le doute est là toujours. Mille options je peux trouver mais tu seras toi aussi toujours là. Et le temps passe, et le temps file. Alors je lui laisse la main. Le temps, il me l’a appris, sait transformer la plus grande des souffrances en une bonne amie.

Un commentaire sur “Universelle polémique

  1. Mon Dieu, tous ces silences. Les bras m’en tombent et je me suis assoupi. L’Amour semble y être une question : était-il impossible avant d’être amour ? Le cherchait-on là où l’on voulait qu’il se cache ? En avons nous la culture avant d’en avoir le goût ? Faut-il plonger dans l’oubli de soi pour trembler d’un amour qui brûle ? Peux-être sommes-nous l’expression de la lumière. Et c’est le sentiment qui parfois nous consume. Ce matin-là, il avait carte blanche.
    Je trouve que c’est un texte dont la forme est belle. On ne répond pas à ce qui est beau. On le regarde en silence. Tout ceci ressemble a une articulation de mouvements. Il m’évoque une danse, un balais. Les sensations se répondent. J’aime cette écriture et ce qu’elle déploie de batailles dans l’entrechoc des émotions.
    « Memories are like stones. Time and distance crack them like acid » – Ugo Betti –

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