Le complexe d’Edmond

Partie 1 – Le narrateur

Edmond 2Il s’appelle Edmond Clarté de Lalande. Il a un cœur gros comme ça, mais personne ne le croit. Il n’en peut plus d’être trop riche, trop bien éduqué, trop bien nourri. Cela fait de lui un homme délicat, brillant, grand et beau. Il ne rêve que d’une chose, passer inaperçu. Le complexe de la classe dirigeante. Jamais il ne pourra être comme les autres, fade parmi les fades.

Edmond. Comme il en veut à ses parents. Il est comme une vache marquée au fer rouge dans le troupeau.

Edmond. Et toute la classe s’attend à ce qu’il soit exemplaire. Et lui n’est jamais à la hauteur. Marie-Yvonne et Jean-Antoine sont là pour le lui rappeler indéfiniment. A chaque occasion. Edmond, tenez-vous droit mon enfant. Un homme de votre rang ne peut pas être bossu. Edmond ci, Edmond ça. Jamais il ne sera à la hauteur Edmond. Jamais il n’aurait dû naître dans cette famille, Edmond.

Alors Edmond a cherché à se faire oublier ; il s’est coupé en deux. Il ne s’appelle plus qu’Ed et il est bénévole dans une association. Mais quand on voit arriver Ed dans l’association tout de suite chacun se dit qu’il porte bien son prénom, quelle classe, quelle prestance, quelle beauté. Et plus Ed s’échine dans les basses tâches, plus Ed est admirable. Il n’en peut plus Ed, il veut craquer. Personne ne sait comme il se sent faible à l’intérieur.

Partie 2 – Edmond

Je m’appelle Edmond. Je suis grand, beau, intelligent, bien élevé, très cultivé, riche. J’espère que vous m’admirez ? Et surtout que vous me léchez les bottes ? Quand même, quelqu’un comme moi le mérite bien, nous sommes bien d’accord ?

Regardez-moi… Même à la cantine du collège je mangeais proprement, avec mon couteau, ma fourchette, raide comme un « i » sur ma chaise en plastique, silencieux car on ne parle pas la bouche pleine… La cible idéale des milliers de boulettes de pain qui traversent chaque jour le réfectoire en tous sens. Ce qui a fait aussi de moi le champion du monde des ridiculisés, toutes catégories confondues.

J’espère que vous êtes convaincus que pas une fois je ne suis allé me plaindre au Père Supérieur. J’ai toujours pardonné et tendu l’autre joue au cas ou les petits pois remplaceraient exceptionnellement la mie de pain.

Et jour après jour j’ai échoué à tenter d’enseigner à mes camarades le respect de la nourriture, de la cantinière et de la femme de ménage.

Ma belle éducation ne fait de moi qu’une merde, celle que l’on contourne horrifié car répugnante et nauséabonde, n’ayant pas sa place même sur un trottoir désert un jour de pluie…

J’ai voulu me couper en deux, me séparer de ma moitié trop bien élevée. J’ai changé de prénom et je me suis mis à travailler comme un damné, sans toucher le moindre centime ; j’ai voulu changer de condition. Dans l’association où tous les jours de sers à manger à ceux qui n’ont rien, je suis devenu quelqu’un. Et ce quelqu’un, devinez qui c’est ? C’est ma moitié, celle que j’ai abandonnée, l’Admirable, celle que tout le monde envie parce qu’elle est tellement plus que les autres.

Je ne sortirai donc jamais de ma triste condition. Toujours j’échoue à être comme vous.

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Et la consigne était : Partie 1 – Après avoir fait une liste rapide de complexes, prendre un personnage complexé et en faire le portrait. Le narrateur, extérieur, raconte ce qu’il voit du personnage et le rend vivant.

Partie 2 – Reprendre votre personnage complexé. Changer de point de vue et d’angle. Le personnage raconte ce qu’il vit, exagère, amplifie, tourne en dérision son complexe, joue sur l’humour, l’absurde et dit « je »

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs

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