En métro

Comme tous les week-end, je pars à la campagne. Ce matin, il fait beau après l’interminable hiver.

Je sors de mon appartement. Un rayon de soleil me chatouille dans le cou. Je l’attrape et le mets dans ma poche. Il pourra m’être utile quand la pluie reviendra tambouriner au carreau pour se réchauffer.

Je rentre dans la bouche de métro qui m’avale tout rond, sans prendre le temps de me mâcher un peu. C’est évident, ce ne sera pas un jour comme les autres. Le fauteuil sur lequel je m’assois soupire d’aise. Il ondule sous mes fesses, vibre dans mon dos, ronronne de plaisir. Le quai scintille et s’ébroue, la rame débouche du tunnel en sifflotant. Les voyageurs descendent pour le laisser prendre place. Derrière moi en file indienne, dansant la gigue, sièges, poubelles, affiches et rats des rails s’installent. Je m’étonne que nous soyons si nombreux ce matin à partir en week-end.

J’arrive gare de l’Est, les portes sont fermées. Elles ne se sont pas réveillées ce matin. Et personne ne leur dit rien. Ça fait même marrer le contrôleur qui se tord de rire dans le distributeur de boisson. Heureusement, une sortie s’est ouverte au-dessus de nos têtes. Collants, chaussettes et jambes de pantalon, dans un élan massif de solidarité, se nouent pour former la corde qui nous permet de nous hisser jusqu’aux quais supérieurs.

Nous y sommes. Accueillis par une marche triomphale. Les oreillettes ont mis plein volume. Dans les points Relay les magazines claquent des pages tandis que les piles de livres battent la mesure.

Et la consigne était : Le grand chambardement. Le narrateur se trouve dans un lieu (maison, musée, château, bateau, gare, aéroport, rue, métro, magasin) et est happé par un phénomène étrange, inattendu : les objets jouent, se transforment, se déforment, se dérobent, s’échappent, n’en font qu’à leur tête, vivent des aventures étonnantes. Racontez, donnez forme à ce grand chambardement des objets.

 

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs