Oisiveté.

20190603_135929Oisiveté, j’écris ton nom.

J’ai le malheur d’être né au début de ce dernier siècle du deuxième millénaire, dans une époque qui bannit l’oisiveté. Un siècle d’avance, quelle déveine !

Bailler aux corneilles, me répandre dans l’ennui comme les romains dans l’orgie…

M’asseoir au Café de Flore. Regarder, les yeux dans le vide, se balancer doucement les ombrelles des belles dames poudrées et quelques années plus tard observer leurs jupes qui raccourcissent.

Avec mon acolyte aristocrate dont la fortune n’en finit plus de filer dans sa poche percée, m’allonger à Bagatelle et rêver à nos amours perdues enivrés par le parfum des roses du printemps.

Enfiler mon costume de bain et dans un effort inaccoutumé attraper le train à vapeur qui me déposera sur la plage de Deauville. M’épuiser simplement en regardant les nourrices s’affoler de l’indécence des bambins espiègles trempés jusqu’à la ceinture que leurs mères, libérées de leurs ennuyeux maris, délaissent pour leur dernier badinage.

Comme je vous envie, enfants de 2020, qui en toute impudence ferez croire à vos aïeux que vous êtes actifs en restant statiques, des heures, devant des images qui bougent et parlent, images miniaturisées qui tiendront dans vos poches et que vous transporterez partout.

Comme je vous envie, vous qui pouvez passer la moitié de votre temps sans d’autres ambitions que de rechercher en vous le sens de la vie.

 

Et la consigne était : L’oisiveté. Faites le choix soit d’en être un ardent défenseur, soit qu’elle vous soit intolérable. Qui est le narrateur ? Racontez.

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs