Sinistre danse

Danseuse 22 juin 2019J’ai tellement mal, ma poitrine brûle, le sang bat dans mes tempes comme s’il voulait s’en échapper. C’est l’été, je devrais être heureuse et je brûle. Je lutte pied à pied, je voudrais m’échapper de cette douleur qui me ravage comme un incendie dévore la forêt, attisé par la douce brise de l’existence. Impossible de l’arrêter, qui peut stopper le fil de l’air ? Je devrais être heureuse. Rire, chanter comme ces enfants qui se chamaillent bruyamment au milieu de leurs pâtés de sable.

Mais j’ai tellement mal. Seule cette plage déserte au lever du jour, immensité de sable éteinte qui s’étend à l’infini, peut étouffer cette souffrance qui m’habite toute entière. Chaque matin, je viens rejouer devant ces vagues la sinistre danse. Je suis seule et je joue et rejoue encore la scène. Qui peut échapper à la vague scélérate ? Je lève une jambe, un bras, puis l’autre. Ma robe de mousseline noire s’enfle de l’air du matin la transformant en une ombre menaçante. Me voilà déployée comme le vautour qui a fondu sur sa proie.

Le charognard t’a repéré, il a piqué sur toi, t’a emporté. Tu es parti. Allongée à tes côtés, emplie du sommeil tranquille de la femme aimée, cette seconde où tu as cessé de respirer, je ne l’ai pas perçue. Tu es parti seul, comme je suis seule aujourd’hui. Tu étais beau, tu étais grand, tu aimais la vie, tu m’aimais. Comme les vagues, ensemble, inlassablement, nous répétions à l’infini cette inépuisable aventure de l’amour. Sur la plage, chaque jour plein d’espoir nous revenions, cherchant à retrouver notre trace. Chaque jour elle avait disparue. Cette menace qui planait nous l’avions ressentie. Nous sommes tombés dans le piège à jouer et rejouer à l’infini notre vie.

Depuis cette seconde, chaque jour, devant les vagues, je danse avec elles. Emplie de toi, je te vois, allongé sur le sable, ton corps fin abandonné de son souffle, inscrivant ta marque qui inlassablement disparaît. Je suis désormais prisonnière de ces vagues qui viennent et reviennent, qui partent et repartent. Chaque matin au lever du soleil je joue et rejoue sur cette plage l’histoire qui n’en finit pas d’exister puis de me quitter. J’aimerais enfin m’envoler.

 

Et la consigne était : Vous êtes la femme de la photo, vous ressentez ce moment, son mouvement, sa danse, l’endroit où elle est et vous racontez ce qu’il se passe, la traverse, ce qui est autour d’elle, à la première personne.

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs