On part !

Screenshot_20190630-171748La fin de la dernière leçon a sonné, on part ! Comme chaque année, Papa est devant l’école, au volant de sa belle voiture qu’il a faite briller pour l’occasion. Sa belle Peugeot il l’aime presque autant que ses enfants. Nous sommes 5. De 2 à 9 ans. Un tous les dix-huit mois. Pas mal non, mon Papa ?

Les deux derniers sont déjà dans la voiture. Le siège arrière est aménagé en salle de jeux. Mais surtout, que des jeux calmes. Sinon Papa va se retourner et donner une grande claque à toutes les têtes qui dépassent. C’est chaque année la même chose. Je peux même déjà vous raconter la suite du voyage.

Donc, si nous, les enfants, nous nous excitons trop, Papa va nous donner une trempe dont on se souviendra longtemps. Heureusement, Maman sait comment faire. Elle a rempli la glacière jusqu’à ras bord. Quand elle sentira que Papa commencera à être tendu, (ça se voit, les veines de son cou gonflent), elle se mettra à chanter pour que nous reprenions en chœur les refrains. Puis, après quelques fausses notes qui auront fait bougonner Papa, elle ouvrira le premier paquet de gâteaux pour occuper nos bouches dans le silence. Sans chocolat surtout, les gâteaux. Pour ne pas tacher les sièges de la belle Peugeot. Là, Papa dira de sa voix la plus gentille qu’il sait faire « Attention aux miettes, les enfants… » mais on sentira qu’il approche du moment où il faudra faire silence absolu sous peine d’explosion. Parce que ce moment arrive toujours, et c’est en général quand on a parcouru environ trois cents km. Alors qu’il en reste encore plus de mille six cents pour arriver à Gibraltar.

A ce moment-là, Maman se fait toute petite. Elle démarre une histoire. J’adore celle du Petit Chaperon Rouge, du coup elle commence souvent par celle-ci (je lui ai apprise). Mais c’est toujours pareil, quand le loup saute sur la petite fille, j’ai tellement peur que je me mets à hurler. Alors Papa pile. Il devient rouge comme une tomate (ou comme le Petit Chaperon Rouge, comme vous préférez), crie sur maman qui se recroqueville dans son siège et qui, muette, laisse, sans bouger, couler doucement ses larmes sur ses belle joues lisses et pâles.

(…) Suite…

Mais cette année, rien ne s’est passé comme d’habitude. A une cinquantaine de kilomètres de Paris, la belle Peugeot a commencé à inquiéter Papa. Il s’est mis à marmonner. J’ai tendu l’oreille pour savoir ce qu’il disait. « Non mais c’est pas vrai, ma petite chérie, tu ne vas pas me faire ça ? Tu sais que je t’aime, que je te bichonne. J’ai besoin de toi moi. Je ferais n’importe quoi pour toi ! Ne m’abandonne pas… ». Au début, je croyais qu’il parlait à Maman, mais il avait une voix si douce, si tendre, que j’ai très vite compris que c’était impossible. Il parlait bien à la voiture.

Quand le moteur s’est mis à fumer quelques minutes plus tard, même le p’tit Mouss a arrêté de geindre. Il n’y avait plus aucun doute, la situation était grave et nous n’avions même pas encore atteint le périphérique de Paris. Quelle aubaine. Depuis le temps que Papa nous parlait de l’Oncle Zak, (qui lui, au moins, avait réussi), peut-être que nous allions pouvoir nous installer chez lui quelques jours en attendant que la voiture soit réparée ? Un miracle auquel, au fond de moi, je ne croyais pas trop. PARIS ! Cette ville si belle que tous les poètes du monde s’en emparaient !

Notre maîtresse nous en parlait souvent. Il parait même que la Tour Eiffel est plus haute que la plus haute des tours de notre cité. Même qu’elle dit, la maîtresse, qu’en empilant toutes les tours de la cité, la Tour Eiffel serait encore la plus haute. Là je crois qu’elle exagère. Mais vous savez quoi ? pendant que je vous raconte tout ça, le miracle s’est produit. Il a fallu s’arrêter et faire remorque la Peugeot. Alors Papa a téléphoné à l’Oncle Zak. Il s’est même recoiffé avant de décrocher le téléphone. Je ne savais pas qu’il fallait se faire beau pour téléphoner.

Et l’Oncle Zak a dit oui. Il est venu nous chercher. On l’a attendu trois heures entières à la station-service. Trois heures entières pendant lesquelles Papa nous a fait la leçon. J’ai écouté autant que j’ai pu mais j’avais mal partout de me retenir de ne pas bouger. J’avais tellement envie de sauter de joie partout Mais surtout, il ne fallait pas le montrer, même pas un tout petit sourire tellement Papa avait l’air malheureux que sa belle l’ait lâché.

Enfin j’allais voir Paris ! Mon Amérique à moi. Et ce que j’ai vu, je vous assure, vaut bien toutes les Peugeot du monde et trois jours entiers de sermons de Papa. L’Oncle Zak habite rue de Bretagne. Il a un très très grand appartement. Il y a au moins trois chambres et, en plus de la cuisine, il y a une autre pièce pour manger et une pièce pour fumer des cigares pendant que Maman fait la vaisselle.

Comme on est arrivé tard, on est tout de suite aller se coucher sans faire de bruit. Enfin, si on a fait du bruit. Ce n’est pas de notre faute, c’est parce que le plancher grince. C’est bizarre ça, de garder un plancher qui grince quand on a autant d’argent. Il pourrait mettre un beau carrelage blanc qui brille quand même, l’Oncle Zak. Ce serait bien plus chic. Bon, mais ça ne m’a pas empêché de bien dormir.

Le matin, je me suis réveillée très tôt. Alors, Maman m’a demandé de venir avec elle faire les courses. Je crois qu’elle avait peur que je pose trop de questions à l’Oncle Zak et que je lui dise des choses qu’il ne doit pas savoir. C’est tant mieux que j’ai la langue bien pendue, car ce jour-là, ça m’a permis de faire la plus belle promenade de ma vie. Nous cherchions une boulangerie, il parait que nous pouvions en trouver une au marché des enfants rouges, à une centaine de mètres de l’appartement. Le marché des enfants rouges ? Et si j’y retrouvais le petit chaperon, son loup et sa mère-grand ? Quelle aventure pour moi qui ne connaissait que la cité et ses trottoirs sales peuplés de mobylettes puantes et pétaradantes, aussi nauséabondes que les ados qui les enfourchaient et s’amusaient à me terroriser.

Sur le chemin qui me menait au fameux marché des enfants rouges, tout est merveilleux. Des beaux trottoirs fraîchement nettoyés, des odeurs toutes plus alléchantes les unes que les autres me chatouillaient les narines. Du haut de mon mètre vingt, j’arrivais tout juste à la hauteur de magnifiques étals débordants de fruits d’été, tous tellement tentants que je devais sermonner sans cesse ma main droite qui cherchait à attraper ici une paire de cerises, là un abricot doré. C’était la caverne d’Ali Baba cette rue de Bretagne ! Que me réservait le marché des enfants rouges ? j’avais hâte d’y être !

 

Et si ça vous, dit, écrivez la suite dans les commentaires ;). Que pourrais-je bien découvrir de fabuleux au marché des Enfants Rouges ?

Et la consigne était : On part ! Racontez le voyage

Suite… : Votre narrateur arrive en terres inconnues. Racontez…

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs