Pourquoi j’écris ?

A la maternelle, je débordais d’énergie, mais il fallait faire silence pour ceux qui sont fatigués.

En primaire, mon zèle aux devoirs exaspérait la maîtresse qui n’y voyait que fayotage.

A la messe, je voulais prier pour les gens qui vont bien, pour qu’ils continuent à réchauffer les moins chanceux par leur rayonnement. Mais il parait que les gens heureux n’ont pas besoin de prières.

Au collège, le cadre m’étouffait mais la mère supérieure me remettait vite dans le rang si je sortais de ma case.

Au lycée, mon sourire traumatisait mes professeurs qui le prenait pour de l’ironie.

En prenant des cours de théâtre, sous le couvert des mots des autres, j’ai touché du doigt le bonheur profond de donner à voir ce qui m’habite.

Etudiante, j’ai compris qu’il fallait endosser un costume pour trouver sa place sur l’échiquier.

Je me suis mariée, convaincue que mes vingt-cinq premières années m’avaient appris l’essentiel : fonds-toi dans le moule de l’autre, c’est simple et ça suffit pour être heureuse.

Pendant mes dix années de salariée, j’ai grandi dans ce costume qui a commencé à vraiment craquer aux entournures. Appelez-moi Hulk.

J’ai changé de tenue et je suis devenue. Ce costume-là était davantage à ma taille mais je n’ai pas choisi la bonne matière ni la bonne couleur, je n’ai pas osé suffisamment ma liberté, le pas était trop grand.

A la mort de mon fils, l’aîné de mes trois enfants, il n’avait que treize ans, j’en avais quarante-quatre, je me suis retrouvée à poil. Pire que ça : à vif. J’avais le choix entre mourir et me rhabiller. J’ai pris l’option vêtement, mais pas n’importe comment. Avec une grande phase de recherche et développement. Des mois et des mois pour comprendre de qui m’arrivait et quel serait l’habit que mon corps asphyxié par la douleur pourrait désormais supporter, porter, habiter.

Une R&D pour découvrir la bonne matière qui m’apporterait une seconde peau. Un vêtement sans couture défectueuse, sans armature douloureuse, sans limitation du mouvement et surtout qui ni ne transforme, ni ne bâillonne, ni ne contraint ce que je suis, ce à quoi j’aspire, ce que je veux défendre.

Et c’est au travers de l’écriture que semaine après semaine, je tisse et assemble mon nouveau costume, que je commence à être, dans ma vérité et dans mon entièreté. Car écrire et publier me permet de dire. Et dire me donne l’autorisation d’être. Non pas heureuse, mais accomplie.

Voilà pourquoi j’écris. Pour être.

Un commentaire sur “Pourquoi j’écris ?

  1. Et ce costume te va à ravir… magnifique déclaration
    Pourquoi dit-on « se mettre à nu » ?

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