Enfers d’amour

Daniele Steardo
Daniele Steardo 2015

Il dort. Dans le silence figé de la toile me parvient un murmure. L’écho de vos pensées. C’est la fin de la journée, l’heure de la nocturne au musée. Mon moment préféré. Seule avec vous, je vous écoute. Vous ne me voyez pas, vous me pressentez parfois. Mon visage est caché, mon corps se dissimule. Vous n’avez d’yeux que pour lui que vous n’osez pas réveiller. Vous chuchotez. Dans le silence de la grande salle, vous l’admirez, cet homme, si paisible. Et vous cherchez à le deviner. Souvent vous m’oubliez. C’est à peine si vous apercevez mon pied, prêt à sortir du tableau pour taper le fond de la piscine et remonter.

Ce soir vous étiez deux. Deux vieux amis à vous émerveiller.

« Qu’il est beau. Quelle femme peut se permettre de le protéger ainsi. Elle l’étouffe, qu’elle disparaisse ! ».

Et moi j’enrage de ne pouvoir me dresser.

« Voyez-vous mon pied prêt à frapper ? Voyez-vous ma jambe repliée ? Je suis ligotée. Il me tient. Il a peur. Je suis son bouclier. Si je pars, il n’existe plus. Ma vie lui donne son souffle. »

Ce soir, elle est venue. Je l’attends chaque jour cette femme sans âge qui s’assoit devant nous et immobile, semble attendre le miracle qui ne vient pas. Parfois une larme coule sur ses joues rondes. Elle ne l’essuie jamais. Et derrière son visage impassible toute sa vie défile. Elle me parle. Elle est belle. Elle aimerait comprendre pourquoi il la bat. Chaque fois elle me pose la même question.

« Comment fais-tu toi ? Tu l’as dompté. Au creux de toi il dort. Il se sent le maître mais tu es la maîtresse. Il te tient mais tu t’échappes. Tu es loin même si ton corps l’enveloppe. Ta puissance le dépasse et il l’ignore. Je sais que tu m’entends, aide-moi. »

 

Sur la même oeuvre de Daniele Steardo : A quatre pieds

 

Et la consigne était : L’œuvre se trouve dans un musée. Le tableau observe les visiteurs qui passent et se met à parler, à faire des commentaires.

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs