Gardiens de vies

Gardiens

Il s’appelle Jérémie. Mais ça pourrait aussi bien être Adam ou Anatoli.

Dans son demi-uniforme, il arbore toujours une mine impassible. Il est fier de son couvre-chef. C’est son statut. Il est le gardien. Il surveille, il protège, il alerte. Il a le regard franc. Pas fier. Mais sûr de lui. Il n’a pas le droit d’hésiter. Ils sont des millions chaque année à compter sur lui. Dans sa chemise rouge il sait qu’on le voit, qu’on le repère. Il aime ça. Il sent qu’il rassure. C’est son métier. La main sur la hanche, il affiche une sérénité qu’il cultive. Ça fait partie du rôle. A l’aise dans son jeans et ses baskets, il est parfaitement libre de ses mouvements. Au moindre signal prêt à courir pour éviter une catastrophe. La montre au poignet, toujours exactement à l’heure, lui rappelle son défi de chaque instant. La trotteuse court, il inspire profondément, puis lâche une grande expiration. Et recommence. Pas de pression. Sinon c’est le dérapage. La barbe drue, noire, vient appuyer sa puissance et cacher l’homme au grand cœur qui pointe derrière la douceur de son regard. Légèrement incliné, il semble nous dire : « je te connais toi qui chaque jour passe devant moi et ne t’arrête pas. Je t’ai vu rire un matin au bras du jeune homme puis pleurer son absence, assise sur le banc, une nuit glacée d’hiver. Souviens-toi, je t’ai souri ce soir-là. »

Il est l’homme invisible et qui veille.

Ils sont des milliers comme lui à rajouter dans nos quotidiens l’huile dans les rouages ou un brin de fantaisie, à transformer nos pauses estivales en parenthèses enchantées. C’est la boulangère au sourire éclatant qui depuis dix ans illumine ton petit-déjeuner. Sais-tu que ton bonjour chantant est sa douceur quotidienne ? C’est l’agent de circulation qui chaque matin stoppe les voitures pour faire traverser les écoliers surexcités. Il porte en lui le souvenir de son petit frère miraculé renversé un soir par un conducteur épuisé ; il s’est juré que jamais ça ne t’arriverait. C’est cette jeune serveuse débutante, balbutiante et rougissante de plaisir quand tu as accepté de la laisser déboucher sa première bouteille de vin. Te doutais-tu que tu serais l’événement marquant de sa journée ? Et c’est aussi ce guide de l’autre bout du monde dont la vie est aujourd’hui bouleversée par qu’il t’a rencontrée. Pas un jour sans que son esprit ne vagabonde jusqu’à toi ; toi qu’il imagine reine de ton monde, reine dont il aimerait tant devenir le roi.

 

Et la consigne était : Faire le portrait du personnage de la photo

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs