Un atelier de la NRF – Gallimard

Ateliers de la NRF - GallimardDepuis 2012 les Éditions Gallimard proposent des ateliers d’écriture animés par des écrivains passionnés par l’idée de la transmission.
Les Ateliers de la nrf sont ouverts à tous ceux qui désirent découvrir le plaisir de l’écriture ou souhaitent l’approfondir.

J’ai l’immense chance de participer à l’atelier « Le roman de soi », animé par Camille Laurens

 

Faire le portrait d’un enfant affectueux, turbulent, gourmand. Pas d’explication, le lecteur doit le comprendre par une description des gestes, des paroles

Il était comme ça, mon petit fils.

Chaque mercredi matin, il arrivait chez moi en courant, aussi vite que ses courtes jambes grassouillettes le lui permettaient, laissant sa mère essoufflée tenter de le rattraper. Il sautait dix, quinze fois devant ma porte pour attraper le cordon de la clochette qu’il faisait tinter comme le bedeau du village appelant aux vêpres. Puis il tambourinait à ma porte à en faire quasiment saigner ses poings, estimant toujours que je n’étais pas assez prompte à répondre à sa joie pressante de se précipiter dans mes bras.

A peine j’avais ouvert la porte, qu’il se jetait sur moi et me couvrait de baisers comme s’il allait me dévorer. « Maminette, tu sens bon le bonbon, je voudrais te manger tout entière ! ». L’étreinte ne durait que quelques secondes, déjà, il se précipitait vers le frigo, l’ouvrait grand pour en faire l’inventaire, impatient de savoir si j’avais accédé à ses commandes gourmandes passées à son départ le mercredi précédent.

Sa mère, encore sur le pas de la porte, expédiait rapidement les consignes pour ensuite égrener l’interminable liste de ses dernières bêtises, me prévenant tout à la fois d’éventuelles catastrophes. « Si vous pouviez le raisonner un peu » me suppliait-elle parfois. Puis elle partait en me lançant un regard contrit qui en disait long sur son épuisement.

Notre journée pouvait commencer. C’était toujours le même rituel. Il commençait par faire l’inspection de toutes les pièces de mon immense maison, et cela le plus rapidement possible. Chaque semaine, il voulait battre son propre record de vélocité. Je devais l’attendre dans la cuisine pendant qu’il faisait un aller-retour, revenant m’embrasser, pièce après pièce, entre chacune d’entre elles. Il me faisait la liste des modifications qu’il avait constatées. Je lui devais un baiser par changement que j’avais pu effectuer : là un bouquet de jonquille fraîche sur la commode de la chambre jaune, ici un nouveau livre de prière sur ma table de chevet, dans un recoin du palier un balai oublié… et chaque observation validée donnait droit à une gourmandise : un carré de chocolat au caramel de Bretagne, un verre de grenadine rouge écarlate, un biscuit à la cannelle et aux épices prolongeant le plaisir des goûters d’hiver au coin de la cheminée après une bataille de boule de neige. Aucun détail ne lui échappait.

Malheur sur moi si mes placards n’étaient pas suffisamment garnis pour récompenser son œil surentraîné, ou si, au contraire, ma paresse ou mes occupations m’avaient empêchée de nourrir son jeu de piste. Il se mettait alors en tête de transformer lui-même mon intérieur, déménageant les meubles, déplaçant les objets, pillant le jardin pour, selon ses propres mots, remettre de la vie dans cette maison qui menaçait de mourir d’ennui. Et la catastrophe ne manquait pas d’arriver. Combien de vases ramenés de mes nombreux voyages, de plantes soignées avec dévotion pendant des années, de bibelots chinés dans toutes les échoppes croisées au fil du temps, combien de merveilleux souvenirs ai-je perdu dans ses va-et-vient interminables, je ne compte plus. Mais à chaque nouvel accident, je rentrais dans une telle fureur qu’il s’arrêtait net, ses yeux noirs se figeaient, deux grosses larmes roulaient sur ses joues rebondies. Il se jetait à mes pieds, m’attrapait les jambes, me serrait à me faire presque tomber « pardonne-moi, pardonne moi Maminette. Je voudrais tellement que tout soit beau chez toi. Aussi beau que toi. Je te promets, plus jamais je ne le ferai, plus jamais. ».

Son repentir était sincère. Et éphémère.

Ecrire Écrin Écrevisse Maudire. Ecrire un texte très court incluant ces 4 mots.

Le Poète maudit l’écrevisse sortie de son écrin liquide.

Jamais il ne pourra écrire sur cette friture.

Nouvelle de Raymond Carver « L’aspiration » extraite du recueil « Tais-toi je t’en prie ».

Ecrire la suite et la fin des premières lignes de la nouvelle. Respecter la tonalité du texte, le temps, inclure des passages dialogués. (Contexte : un chômeur attend le facteur, en craignant des visites de créanciers éventuels. Quelqu’un frappe à sa porte). (le début de la nouvelle ici )

« Qu’est-ce que vous voulez ? » j’ai demandé sans quitter mon canapé.

– Je voudrais vous parler. Puis-je entrer ?

– De quoi voulez-vous me parler ?

J’avais appris à me méfier. Je détestais perdre mon temps. Je ne connaissais pas de Monsieur Bell, lui connaissait mon nom. C’était mauvais signe.

Avant d’ouvrir la porte, je décidais d’aller voir à quoi ressemblait cet Aubrey Bell. Peu importait que le plancher grince, il savait maintenant que j’étais chez moi.

Je me levais tranquillement et me dirigeais à pas lent vers la fenêtre qui m’offrirait un meilleur poste d’observation. Il me tournait le dos. De ce que je pouvais voir, c’était un homme d’âge mûr, pas très sportif. Sa silhouette molle et avachie dégageait un sentiment d’ennui et de grande lassitude. Il n’avait sans doute rien à me vendre, mais rien à me prendre non plus. Pas assez de fermeté dans cet homme pour qu’il puisse être huissier.

– Tournez-vous de l’autre côté que je vous vois ! vers la fenêtre sur votre gauche.

Monsieur Bell s’exécuta. Son visage était transparent, de ceux qui n’exprime rien. Juste de l’attente. Il attendait que je lui ouvre. Il commençait à m’intriguer.

– Si je vous ouvre, combien de temps resterez-vous ?

– Le temps que vous voudrez.

– Et si je ne vous ouvre pas ?

– Et bien j’attendrais. Tout le temps qu’il faudra, mais j’attendrais.

Il fallait que je m’en débarrasse.

– Très bien j’arrive.

J’enfilais rapidement un manteau. Plutôt que de le faire entrer, j’allias le rejoindre sur le perron. Son visage s’illumina.

– Monsieur Slatter, j’ai le plaisir de vous annoncer que vous avez été tiré au sort pour un voyage…

Je n’attendis pas la fin de sa phrase pour lui claquer la porte au nez. Je n’avais jamais eu de chance et voilà que ça continuait. Je détestais voyager.