Choisir entre vrai et vraisemblable

VraiVous connaissez la différence entre le vrai et le vraisemblable. Il y a des choses vraies mais qui ne sont pas vraisemblables. Alors, quand on est écrivain, il est parfois nécessaire de faire de petits arrangements avec la vérité. Pour être vraisemblable. Ce ne sont pas vraiment des mensonges non. On pourrait dire que ce ne sont que des adaptations. Pour que l’histoire puisse être acceptée par vos lecteurs.

Mais voilà, il arrive parfois que l’écrivain ait besoin de raconter la vraie réalité. Et qu’il ait besoin d’être compris. Et cru. Même si cette vérité parait invraisemblable.

J’écris un livre. Le point de départ de ce livre n’est pas vraisemblable. Mais il est vrai. Il est vrai parce que je suis convaincue que c’est la vérité. Il m’est arrivé d’avoir à raconter, oralement, mon histoire. Je me souviendrai toute ma vie du regard de ce médecin qui semblait me hurler au visage : « Vous refusez de voir la vérité, Madame. Enfant gâtée. Pauvre bourgeoise enfermée dans votre petite vie névrosée ». C’est grâce à lui, je pense, que j’ai rapidement décidé de me lancer et de raconter mon histoire. Par écrit. L’encre me laissera le temps de dire juste, vrai autant que vraisemblable.

8 ans, il m’a fallu 8 ans pour écrire 5000 signes. 5000 signes que j’ai envoyés en quelques secondes à 10 lecteurs. 10 lecteurs rencontrés au hasard d’un atelier d’écriture. 10 lecteurs anonymes, 10 lecteurs pour lesquels je suis une inconnue, sans histoire, sans lendemain. 10 lecteurs qui se sont donnés rendez-vous le temps d’un week-end et qui plus jamais ne se reverront.

Il m’a fallu des semaines de ratures, de nuits blanches, de questionnement, de lâcher-prise, de courage, d’hésitation, d’auto-sabotage, de résilience avant d’accepter la confrontation et d’appuyer sur le bouton. Envoyer.

10 jours plus tard, les 10 lecteurs sont autour de la grande table. 10 auteurs aussi qui ont chacun fait l’exercice imposé. Un par un, nous passons au supplice. Notre tour de passage au bon vouloir de la toute-puissance de l’écrivain qui dirige le groupe. La pression est insupportable. Premier texte. Examen critique, dépiautage méticuleux de chaque phrase, décorticage exhaustif, chaque mot tourné et retourné. Pas mal, peut mieux faire. Deuxième texte. C’est irréel. Chacun y va de son commentaire, j’aime, j’aime pas, j’ai envie de lire la suite, pas moi. De beaux efforts, persévérez !

Troisième texte. C’est mon tour. Silence absolu. Instant parfait. Je savoure. Peu importe ce qui sera dit. Peu importe ce qui a été compris. Peu importe ce qu’accepte le lecteur. La seule chose qui compte désormais c’est que j’ai dit ce que j’avais à dire. Pour la première fois. Depuis toujours. Et je me sens bien. Bien comme je ne me suis jamais sentie.

 

Et la consigne était : Un instant parfait ! Fermez les yeux et laissez venir les souvenirs de moments, d’instants parfaits, en quelques mots. Vous prenez un de ces instants parfaits, vous y plongez et le déployez.

 

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs

 

2 commentaires sur “Choisir entre vrai et vraisemblable

  1. Chère Bénédicte, ton écriture nous permet facilement de nous glisser dans la peau de cet écrivain en herbe que tu nous raocontes et qui se prête à la critique. Nous savourons avec lui ce temps de liberté qu’il vient de s’accorder en accpetant d’être lu et en plus d’être critiqué. Quelle belle preuve de confiance en soi et de force puisque qu’il a dépassé ses doutes et ses craintes. J’espère à très vite

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