Orgie

Orgie

Le cor de chasse résonne de toutes parts ce matin dans la jungle amazonienne. Le sonneur suit scrupuleusement les consignes de Zebula Trouspétou : un arrêt derrière chaque arbre pour envoyer l’appel et rassembler toute la forêt, jusqu’au moindre orignal. Si toutefois il devait en rester un perdu si loin de sa terre d’attache.

Ce soir, elle reçoit, notre Zébula. 222 ans qu’elle prépare ça. Elle s’agite depuis si longtemps ; elle se sent prête maintenant.

Hello, it’s me.
I was wondering if after all these years you’d like to meet

Il s’époumone le troubadour. HELLOOOOOOOOO.

222 convives, a exigé Zébula. 222 convives pour 222 mets, mitonnés depuis 222 ans. A en faire pâlir de jalousie les plus grands. Ni dans les cuisines de l’Elysées, ni dans celles de Buckingham Palace ou celles de la Maison Blanche on n’aura jamais imaginé une telle ripaille pour enchanter des palais délicats. Ils en pâliront de dépit tous les grands chefs, à en devenir aussi jaune et blanc que la plus grotesque des endives.

222 breuvages, de la liqueur de perce-neige au pisse-mémé de ciboulette en passant par le trou normand au sorbet d’épinards. Pas un breton, pas un russe, pas un polonais pour contester sa sélection. Tonnerre de Brest, même le Capitaine Haddock n’en reviendra pas !

Zébula ne laisse rien au hasard. Scarlett O’Hara l’a rejointe depuis 222 semaines. Elles répètent ensemble chacune des scènes : l’arrivée des 222 invités, le changement des 222 robes couleur de son humeur, les déclarations d’amour à ses 222 soupirants, la chorégraphie des 222 serviteurs, et surtout, l’unique scène d’hystérie, sans laquelle aucune réception ne peut se prétendre réussie.

Rien ne manque. Pas même Speedy Gonzalès, le coursier zélé qui ne reculera devant aucun miracle pour les sauver de la débâcle. Sait-on jamais, si un pinceau venait à manquer.

Dans 222 minutes, ils seront tous là, le Professeur Tournesol l’a promis. Il a regardé dans sa lunette ; il a compté les midinettes dans leurs corvettes, les fauvettes fluettes, les exosquelettes et leur fixe-chaussettes, les gigolettes à houppette, les mauviettes en nuisette, les nymphettes en trottinette. 222 secondes… elle lance le radio-cassette.

HELLOOOOOOO, hurle-t-elle à tue-tête. Hello, hello, hello, 222 secondes et 222 hello. Zébula Trouspétou est prête. Son écharpe vérange rehausse joliment son teint, la maisonnette embaume le lilas.

A taaaaaaaable !

Et la consigne était : après avoir répondu de manière spontanée à ce questionnaire et écrit le premier mot qui vous traverse l’esprit : un nom imaginaire Zébula et un prénom original Trouspétou, un nom de fleur ou d’arbre Perce-neige, une couleur réelle ou inventée Vérange, une boisson Pisse-mémé, un animal Orignal, un ustensile ou un objet Pinceau, un personnage de cinéma Speedy-Gonzalès et Scarlett O’Hara, une expression Tonnerre de Brest, un nombre 222, une fragrance ou saveur enivrante Lilas,  un vêtement Echarpe, une chanson Hello de Adèle, un instrument de musique Cor de Chasse, un défaut Jalousie, une qualité Gaie, un légume étrange ou une plante curieuse Endive, une recette inattendue Sorbet d’épinards, un personnage farfelu Professeur Tournesol, un espace qui invite à l’imaginaire la Forêt amazonnienne  

 

Le narrateur se régale à l’idée d’organiser un repas… Tous les mots du questionnaire vont lui servir à concocter ce repas dans une mise en scène dont il a le secret !

Les mots en questions sont en gras dans le texte

Atelier d’écriture

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