Deux amis vivaient à Monomatapa

Deux amis vivaient à Monomatapa, une île déserte au milieu du Pacifique. Ils avaient accepté, comme deux hamsters, de faire l’objet d’une expérience. Une équipe de savants rassemblant de nombreuses disciplines, sociologue, anthropologue, urologue, nutritionniste, physicien, chimiste, infectiologue, délirologue, pétologue… bref, ils étaient nombreux tous ces savants, et ils voulaient étudier l’incidence de l’isolement dans des conditions que d’aucun aurait qualifiées de paradisiaques.

Fini le boulot, fini le métro, finies les tirades météo, finie la voisine lubrique aux nuits torrides, fini le chien qui aboie, fini le chat qui crotte sur la plate-bande, finie la queue interminable chez le boucher, finies les ruptures de farine, finies la complainte du réveil-matin, fini le linge  à repasser, fini le ménage du sol au plafond, fini, fini, fini… et surtout, beaucoup de soleil, du sable fin, des cocotiers à perte de vue, le doux clapotis des vagues de l’océan limpide, une maison autonettoyante, des draps de soie, les meilleurs équipements hifi, un accès illimité à Canal+ et toutes les chaines exotiques, une bibliothèque inépuisable.

La seule contrainte, aucune discussion avec le reste du monde. Monomatapa et seulement Monomatapa. Les deux amis avaient accepté cette contrainte et le postulat de départ : ils ne reviendraient à leur vie d’avant qu’une fois que tous les savants seraient satisfaits de leurs observations, et si et seulement si, eux-mêmes le souhaitaient.

Pour l’infectiologue, 14 jours suffire pour confirmer que le virus n’avait pas sévi. Pour l’urologue, quelques heures lui permirent de confirmer que certaines fonctions essentielles sont totalement imperméables à toute pression. Quand il faut pisser, il faut pisser. Le rirologue fut très vite très frustré : au bout de 3 jours, plus rien à observer. Le sociologue trouvait l’expérience un brin absurde puisque les conditions de l’isolement lui interdisaient toute interaction. L’anthropologue ne les quittait pas des yeux en espérant l’instant unique où ils découvriraient le diabolique jeu du cannibale. Le nutritionniste et le chimiste complotaient et se délectaient à tester des recettes inédites, fascinés par le déchaînement rageur de leurs organismes.

Mais celui qui fût le plus comblé fut sans aucun doute le pétologue. Vous avez compris, le pétologue est le spécialiste du pétage de plomb.

20200411 sel« – Passe moi le sel.
– Y’en a plus
– Quoi, y’en a plu ?
– Ben oui, y’en a plus.
– Et t’aurais pas pu en prévoir plus.
– Si et toi ? pour quoi pas toi ?
– Parce que la bouffe on sait bien que c’est toi. »

Vous comprenez l’allégresse du pétologue. Chaque seconde était une intense jouissance. Avec ou sans cocotier.

Et la consigne était : Deux amis vivaient à Monomatapa (Fable de La Fontaine « Deux amis ») Racontez la suite

 

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs