Qui suis-je ?

Moi, Zoé Caramel, je m’excuse d’être aussi collante. Aussi collante qu’une plâtrée de riz trop cuit, qu’un malabar sous vos chaussures, qu’une tartine de confiture sur ton bavoir, qu’un Carambar dans mes dents.

Moi, Judith, plus que tout je voudrais m’envoler comme la mouette au-dessus de l’océan et rejoindre mon ami Jonathan le Goéland.

Moi, Rosita, d’habitude je danse au clair de lune au cœur du cercle des loups, quand la nuit dense terrorise les enfants rois.

Moi, Max_03, vous l’avez cherché, vous serez bien embêté quand je vous aurais tous peint en jaune.

Moi, Décraqué Crapito, demain je cradoque le craspouillou qui crépite derrière le cancrelas.

Et moi, Miss Cata, dans ma famille, je suis entourée de personnalités exceptionnelles.

Ma mère est une pondeuse fabuleuse. Elle enchaîne les grossesses les unes derrière les autres. Chaque année, elle revient de la maternité le ventre encore plus plat, tellement plat que bientôt il sera creux. Et des seins, des seins, tellement ronds, tellement beaux, qu’ils attirent comme des aimants toutes les mains qui traînent, toutes les bouches affamées de sève, tous les regards en manque de promesses.

Mon père est un conquérant sans frontière. De la bouchère à l’héritière, du gazon au tilleul centenaire, du crochet X à la toiture, rien ne lui résiste. Il emballe, il ratiboise, il bâtit, un monde à sa mesure, sans censure ni dentelure.

Quant à mes douze frères et sœurs, rien que leur nombre est prodigieux. Soudés, comme les douze doigts de la main, ils caracolent sur les sommets de l’ingéniosité. Il y a le guérisseur, le tribun, la maîtresse queux, le gendelettre et le gangster, la marathonienne, le prévôt, le dévot et la bigote, l’alchimiste, l’ermite et la conspiratrice.

Qui suis-je

Et moi ? Miss Cata qui porte la poisse. Le chat noir qui traverse la route en passant sous l’échelle. L’ombre qui s’abat sur des lendemains qui plus jamais ne chanteront.

Où tu apparais tu entraves. A tes côtés, l’autre s’estompe. A-t-on déjà frayé tant de prépotence ?

Excusez-moi d’être là. Je suis le treizième doigt qui ne sait à quoi se raccrocher. Je suis la difformité. J’ai poussé sans rien demander. Coquelicot dans la rainure du trottoir. Tâche sanglante sur le fil d’une chaussée lissée. Bien malgré moi j’attire le regard.

Si tu es, le reste n’est plus. Le treizième de la douzaine. Celle qui ne devrait pas exister. Cette place n’existe pas, et pourtant tu la prends. Disparais. C’est à cette condition que tu seras aimée. Enfonce-toi dans le sous-sol sombre, étouffe ta voix, détruis ta pensée. Ton corps se rebelle, il gonfle, il gonfle, il gonfle. Envole-toi et disparais sans souiller l’atmosphère.

Excusez-moi, excusez-moi d’être là. Je ne recommencerai pas.

Parfois, je m’imagine numéro douze. J’aurais été une femme exceptionnelle.

 

Et la consigne était : Chacun.e se choisit un surnom ou un pseudo, et se voit attribuer un numéro de 1 à 6. Chacun écrit la suite de chacun des incipit suivants en une, deux ou trois phrases : « Moi, surnom 1 , je m’excuse de… » – « Moi, surnom 2, plus que tout, je voudrais … » – « Moi, surnom 3, d’habitude … » – « Moi, surnom 4, vous l’aurez cherché » – « Moi, surnom 5, dans ma famille… » – « Moi, surnom 6, demain… ». Puis chacun raconte une histoire à partir du personnage de son surnom et de l’incipit qui lui a été attribué.