Mentir. Sauf pour son bien

1 – C’est interdit de mentir. Sauf pour son bien. La difficulté est bien de savoir choisir entre vérité et mensonge, certes, mais c’est aussi choisir entre deux conséquences possibles. Si elle dit la vérité, elle fera mal sans doute. Et combien de temps faudra-t-il à l’autre pour s’en remettre ? Ne risque-t-il pas aussi de lui renvoyer une autre vérité qu’elle n’a pas envie d’entendre ? Ça peut lui fait mal aussi, à elle. Et ça, en a-t-elle envie ? Ce n’est pas certain du tout. Si elle ment, elle lui dira quelque chose qui, elle l’espère, lui fera plaisir. Répondre à ses attentes, ses désirs profonds. Et elle continuera à l’engluer sans une vérité mensongère. Sa vérité à lui pourrait bien déborder au point de devenir sa vérité à elle. Et c’est à ce moment-là qu’elle commencera à se mentir à elle-même. Et se mentir à elle-même, n’est-ce pas un mensonge qu’elle peut éviter ? Peut-on vraiment se mentir à soi ? En étant acteur ? Un acteur n’est-il pas justement en quête de la vérité du soi ?
Elle lui dit « je t’aime ». Mais elle ne l’aime pas. Il est heureux ; C’est agréable pour elle de le rendre heureux. C’est agréable pour elle parce qu’elle a pris le pouvoir.
Elle lui dit « je ne t’aime pas ». Il pleure. C’est triste. Mais elle se sent mieux.
Mentir. Sauf pour son bien. Mais le bien de qui ?

2 – II fait beau, je me sens bien dans ma robe bleue poudroyante. Elle souligne ma taille fine, laisse deviner mes hanches fertiles, rehausse ma poitrine généreuse. Je me sens bien dans ma robe bleue. Il fait beau. Je marche de ce pas décidé qui raconte que le monde m’appartient. Je souris. J’aime le soleil. J’aime le printemps. Il m’enchante et m’enivre. Je croise un passant tout gris. Il sort du bureau, sans doute un financier dans son costume ajusté. Apprécie-t-il la merveille de l’instant ? cette interrogation embarque mon corps dans un long frisson. Il est déjà derrière moi. Je ne saurais pas.
J’entends courir dans mon dos. 3Madame, avez-vous quelques instants pour un café avec moi ? ». Je dis « oui, pourquoi pas ? ». Je ne dis jamais oui pourquoi pas. Sauf aujourd’hui. Mais pourquoi ?
Une table ronde, serrée entre d’autres tables rondes. Personne à la terrasse à part lui et moi. Un café, un Perrier. Ça pétille et j’aime ça.
Il me regarde. Me dévisage. Sourit. Et ne dit rien. Moi non plus. J’attends. Ça devient gênant. Presque encombrant.
« Vous êtes belle. Je vous aime. Je suis tombé amoureux, là, à l’instant. »
Que dire maintenant ? Mentir ? Mentir et dire « Je vous aime aussi » ? Ou mentir et dire « Je ne vous aime pas » ou « je ne vous aime pas encore ». Mentir, mais pour quoi dire ?

La proposition était :
Première partie : dans une liste d’interdits, choisissez-en un et décrivez dans une écriture plate, sans affect, la situation que ça génère. Ecrire à la 3ème personne.
Deuxième partie : Reprendre la situation de notre premier texte, la raconter à nouveau en mettant de la chair, de l’émotion

Un commentaire sur “Mentir. Sauf pour son bien

  1. C’est interdit de mentir. Sauf pour son bien

    Le dim. 10 janv. 2021 à 19:41, Ecrire pour le plaisir… et pour être lue !

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