12 avril 2021 – Emue

Emue. Emue me laisse sans voix, la bouche sèche, la gorge nouée. Une larme pointe au coin de mon œil gauche. Respire, ça va passer. A moins que ça ne devienne un gros sanglot qui soulève ma poitrine.

Emue descend profondément, va chercher les joies et les douleurs anciennes en écho à l’instant. Révélateur photographique d’autres instants. Diablotin qui dévoile votre âme d’humain, sans préavis.

Emue est incapable de simuler (émue n’est pas touchée). Emue prend toute la place, envahit toute mon anatomie. Mon cœur tape plus vite, mes mains sont moites, , mes jambes en coton ne me portent plus. Respire.

Emue me plonge dans la nostalgie d’un jour heureux, dans la satisfaction du rêve accompli. Emue, ça prend au dépourvu. C’est parfois si intime que ça parait inconvenant.

Emue c’est gratuit et pourtant sa valeur est inestimable. Ça embellit celui qui le ressent, ça gratifie celui qui le reçoit. Et c’est contagieux. Mais ça disparait aussi, ou ça passe inaperçu, derrière un masque.

Emue c’est fragile. Tellement fragile que cette pandémie l’a presque tué. Que se passera-t-il quand nous pourrons de nouveau nous retrouver ? Un raz-de-marée de larmes salées ?  Ce matin France Inter a tenté de nous préparer : « Pensez, pensez, chers auditeurs, à ceux que nous aimions et qui ont été emportés. Bientôt 100 000 morts. » Et j’ai crié, crié-é, Aline, pour qu’elle revienne. Et j’ai pleuré, pleuré-é, oh, j’avais tant de peine. Puis il a plu… Christophe.

Et non, pas émue. Manipulée, agacée, mais pas émue. Ça ne vient pas comme ça en appuyant sur le bouton du micro. Ça me tombe dessus comme une pluie d’orage.

Confinement numéro trois, dans l’intimité de nos états

EpanouieGrognonCaptivéeTouchéeAttentiveReconnaissante