La nuit, quand le monde est endormi…

La nuit, quand le monde est endormi, je m’allonge sur mon lit et je souris. Pour profiter de ce temps béni, qui n’est plus qu’à mes envies. Ravie, je me réjouis de ce temps qui me semble infini, tout à moi pour entrer dans ma vie. Me promener, rêver, picorer dans mes pensées, m’envoler dans de grandioses projets, régler mes comptes avec un boulet obstiné, massacrer les violeurs de beautés, brûler les tueurs d’envies.

La nuit, quand le monde est endormi, allongée dans mon lit, tout est permis. M’abandonner à la tristesse ou à l’ennui, laisser couler la larme qui roule furieuse sur ma joue ou sourire, fière et émue, aux talents de mon enfant, avouer sans honte l’amour qui me transporte ou la haine qui me rend si vide, hurler mes faiblesses face aux montagnes qui bouchent mes horizons ou célébrer ma toute puissance qui les soulève.

Avec toute la force, l’obstination, le ridicule la rage, l’idéalisme, l’obscurantisme, l’optimisme, le découragement qui m’habitent, me transforment, me terrassent, m’enivrent, me noient, me saccagent, m’empoisonnent, me forgent.

Quand je m’allonge, j’attrape au vol les mots qui me chatouillent et je chasse dans leurs champs. Je remplis ma besace de leur fiel, de leur miel, de leur aigreur, de leur douceur, de leur regret, de leur volupté, de leur chagrin, de leur traintrain, de leurs ardeurs, de leurs couleurs.

J’ai tant et tant à digérer quand le monde est endormi, qu’épuisée, je m’endors avec lui.

Proposition : – « La nuit quand le monde est endormi… ». Écrivez la suite

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs