Retrouvailles

– Donc ce sera Vendredi
– Ben oui.
– Ce vendredi ?
– Ben oui !
– J’ai vraiment du mal à y croire ! Ça fait combien de temps ? 30 ans ? 31 ans ?
– Ben oui.
– Combien ? 30 ? 31 ?
– Ça aurait fait 31 si on s’était vu le vendredi suivant. Donc, techniquement, c’est 30 ans et 358 jours.
– Je n’en reviens pas ! Pourtant, ça n’est pas si loin Toulouse. Et il nous aura fallu 31 ans pour arriver à nous revoir !
– 30 ans et 358 jours.
– oui, c’est ça, 30 ans et 358 jours. Tu te souviens comment c’était la dernière fois qu’on s’est vu ?
– Oui, très bien.


– Oh oui, c’était vraiment très bien tu as raison ! Nous nous étions levés tôt, il faisait un temps magnifique, mais pas trop chaud, comme c’est souvent le cas à Toulouse. Il était 6h. Nous voulions profiter de notre dernière journée ensemble. Nous ne savions pas quand nous pourrions nous revoir. Nous avons filé sous la douche, l’un après l’autre, tu n’aimais pas les douches partagées (c’est toujours le cas ?), puis nous sommes allés nous installer place du Capitole. Nous avons commandé deux cafés serrés et des tartines. Un grand silence régnait sur la place. Nous ne disions rien. Nous profitions de l’instant, suppliant intérieurement le temps de bien vouloir s’arrêter.
– Je voulais dire, oui, je me souviens très bien.
– Et le temps ne s’est pas arrêté. 31 ans.
– 30 ans et 358 jours.
– oui, c’est ça, 30 ans et 358 jours. C’est long quand même ! Comment avons-nous pu laisser filer tant et tant de temps ? de lever de soleil ? de tempêtes ? de floraisons ? de petits noirs serrés, de tartines ? de rendez-vous manqués, toujours à se croiser, jamais synchronisés. Comme si c’était fait exprès. Comme si une force, au-dessus de nous, l’empêchait. « Non, pas eux, pas ces deux-là ». Et là, dans quelques jours, nous nous retrouverons. Avec tous nos bagages. Nos enfants, nos étoiles. Les plus légers et les plus denses de nos bagages. Comme des petits portefeuilles qui nous racontent et sans lesquels nous ne sommes plus rien.
– Oui c’est ça. Nos enfants. 3 chacun.
– Oui, 3 pour toi, 3 pour moi. 6 en tout.
– Oui c’est ça, 6 en tout.
– Et puis toutes les rencontre, tous les paysages. Autant de petites barrettes tatouées sur nos rétines. Combien d’amitiés, d’émotions, de kilomètres… impossible de les compter. Tout ça pour revenir toujours à notre point de départ, notre quotidien. Toi Toulouse, moi Paris.
– 1612.
– 1612 ? C’est quoi ça 1612 ?
– 1612 c’est le nombre de fois où j’ai pris l’avion en 30 ans et 358 jours.
– 1612 fois ?!!! Mais tu te rends compte ? C’est incroyable. Et jamais jamais, nous n’avons réussi à nous croiser !  Combien d’occasions manquées ? Combien de fois nous sommes nous effleurés sans même nous en douter ?
– 30.
– 30 ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? On dirait que tu as avalé une micro-processeur. Tu en as encore beaucoup des nombres comme ça ? Tu as toujours été tellement précis, je suis certaines que tu en as des tonnes.
– 30, c’est une fois par année. Je suis allée jusque devant ta porte et je n’ai pas sonnée. Et 977 616 000 c’est le nombre de secondes dans 30 ans et 358 jours. C’est le nombre de fois où j’ai hésité à décrocher mon téléphone.

Proposition : « Où es-tu ? « Tu es-où ? « » – A partir de cette question, imaginer un dialogue entre deux personnages heureux de se retrouver alors qu’ils sont séparés géographiquement.  Qui sont-ils, où sont-ils ? –  Donner à voir, à entendre ce voyage intérieur – extérieur entre eux deux, dans lequel des mots, des histoires, des paysages, des questions, des petites choses du quotidien, des rencontres, des découvertes, des questions, vont se frayer un chemin. Le mode sera à leur image … tendre, espiègle, léger, profond, badin, entre banalité, légèreté, profondeur, humour, espièglerie, provocation…

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs